AD-1000-X-250-Final
PUBLICITÉ
AD-300-X-250
PUBLICITÉ

Affaire de l’assassinat de Djamel Bensmain : le récit glaçant des accusés au 3e jour du procès

Des déclarations glaçantes ont ponctué l’audition des présumés auteurs de l’assassinat de Djamel Bensmain, par le tribunal criminel de Dar El Beida. En cette troisième journée du procès, de nombreux accusés ont ravivé par leurs déclarations et leurs visages, les images choquantes de cet horrible crime qui a marqué les Algérien en cette journée du 11 aout 2021, à Larbaa Nath Iraten, dans la wilaya de Tizi Ouzou.
© DR | Djamel Bensmail, immolé à Larbaa Nath Irathen

Appelé à la barre, Iddir Ouardi a commencé par décrire le contexte dans lequel il a tranché la gorge du corps calcine de Djamel Bensamain, avant de lui arracher la tête avec des coups de pieds. « La foule criait, il l’a tué, il faut l’égorger et lui enlever la tête. Je ne sais pas comment j’ai pu faire cela », dit-il, avant que le juge ne l’interrompe : « avant de lui enlever la tête, qu’avez-vous fait ? », lui demande-t-il. L’accusé : « je l’ai égorgé avec un cutter ». Le juge : « Et Nabila criait égorge le, coupe lui la tête… ».

L’accusé : « j’ai dit que j’entendais une voix féminine dire égorge-le, coupe lui la tête. Je ne l’ai pas vu. Quand je suis parti, on s’est rencontré dans la rue. Elle m’a demandé de lui montrer la route vers Alger. Elle avait très peur. J’étais un peu ivre ». Le Juge : « vous étiez ivre, mais vous avez pu lui montrer la route. Continuez ». L’accusé : « je n’arrive toujours pas à y croire. Je n’ai pas pu prendre de photos. Je n’étais pas devant le fourgon. Je suis arrivé à la placette entre 20 heure 30 et 21 heures ».

Intervenant, le procureur général demande : « avez-vous fait des choses pareils ? ». L’accusé : « jamais ». Le magistrat : « pourquoi l’avez-vous fait ce jour-là ? ». L’accusé : « ce jour-là, la population était en colère suite aux incendies ». Le magistrat : « est-ce Ali Bouzar qui disait dépèce, le dépèce le ». L’accusé : « oui c’était lui». Le magistrat : « qu’avez-vous fait du cutter et de vos vêtements ? ». L’accusé : « je m’en suis débarrassé ».

L’avocat de la partie civile : « combien de fois avez-vous fait passer le cutter sur le défunt ?» L’accusé : « je ne sais pas. J’ai essayé de lui enlever la tête avec mon pied et à ce jour je n’arrive pas à croire ce que j’ai fait. Ma conscience me fait souffrir. J’ai pensé faire des choses contre ma personne, mais à chaque fois, je revois le visage de ma mère que j’ai laissée malade ». L’avocat : « comment avez-vous laissé le corps ? ». L’accusé : « tout noir calciné. J’ai fait une dépression nerveuse à la prison. Je me fais suivre par un psychiatre… ».

Ouardi n’est pas le seul à avoir des remords. C’est le cas de Nabila Merouane, l’infirmière de Hadjout dont les aveux laissent perplexe. Interrogé par le juge, elle déclare avoir pris sa voiture en compagnie de sa copine pour aider la population sinistrée par les incendies, en transportant du ravitaillement. Les deux arrivent à Larbaa Nath Iraten, vers 21 heures.

La ville était bloquée par une foule imposante et de ce fait, les deux femmes, dit-elle, étaient obligées de s’arrêter. Elles apprennent « qu’un de ceux qui ont mis le feu a été arrêté et comme tout le monde », elles sont « parties voire ». « Nous sommes restées debout. Bouzar Ali et un autre, m’ont fait des reproches. Ils me parlaient de la plaque d’immatriculation de la voiture, pas loin de Ain Defla, du fait que je ne parle pas le kabyle». Le juge : « qui est le deuxième ? ». L’accusée : « je ne me rappelle pas. J’ai fait des vidéos, il est venu m’accuser d’être des services de renseignement. Je voulais me protéger. N’importe qui à ma place aurait fait la même chose ».

« Egorge le, coupe lui la tête »

Le juge : « c’est vous qui avez donné le bistouri à Iddir Ouardi ? ». L’accusée : « je n’ai pas de bistouri. Je ne le connaissais même pas. Quand j’ai pris la voiture, il est venu vers moi. Il m’a paru ivre. Il m’a remis son numéro de téléphone. Si je l’avais incité à le tuer j’aurais caché mon visage. Ce que j’ai dit, c’était sous la peur ». Le juge : « vous disiez, il est mort comme un chien ». L’accusée : « je l’ai dit sous la peur. Ils m’ont dit l’arabe qui viendra ici, sera brulé», affirmant qu’elle est « filles d’un gendarme et qu’elle ne connaissait les responsable du MAK ».

Nabila Merouane poursuit « quelqu’un est venu me menacer à cause du live. J’ai eu très peur. Ils me disaient faites des live du cadavre. Je l’ai fait, mais après j’ai tout supprimé. Je reconnais que j’ai commis une erreur. Le défunt est innocent. Il n’a rien fait. Je demande pardon à son père et à Dieu ». L’avocat de la partie civile : « disiez-vous brule-le et bois son sang ? ». L’accusée : « non j’ai dit coupe lui la tête, tu meurs comme un chien, un chien meurt mieux que toi. Mais je l’ai dit sous la peur ». L’avocat : « combien de fois avez-vous répété égorge-le ? ». L’accusée : « plusieurs fois ».

Elle cède sa place à Ahmed Guers qui, lui aussi, a mis un carton sur le corps du défunt « pour le couvrir ». Le juge : « un carton pour rallumer le feu… ». L’accusé : « c’était pour le couvrir, mais le feu a tout de suite repris ; Mon intention n’était pas mauvaise. De toute façon, un carton ne rajoute rien et ne diminue rien à la situation du défunt. Il était calciné».

Le juge : « vous l’avez tué ? ». L’accusé : « non il est tombé ». Le juge : « vous venez de me donner trois versions différentes. Pourquoi ces changements ? ». Le procureur général : « on vous voit dans une vidéo allumer le carton ». L’accusé : « j’ai vu des gens, bruler vifs… ». Le juge : « vous entrez dans un commissariat et dans le fourgon de police etc. Nous sommes dans un Etat». L’accusé : « c’est les conséquences du choc, du manque de sommeil, du stress ».

Le magistrat : « voulez-vous justifier vos actes ? ». L’accusé : silence. L’avocat de la partie civile : « vous aviez mis le carton au pied ou au thorax ? ». L’accusé : « au thorax ». L’avocat : « le feu était éteint dans cette partie alors que les pieds étaient toujours un brasier ».

Le juge appelle Zine Gaya, le jeune aux cheveux blonds, apparus sur les vidéos, trainant le défunt par terre en le tenant par un pied. Il reconnait son acte, mais affirme ne pas savoir que la foule allait le bruler. Le juge : « qui a mis l’essence ? ». L’accusé : « je n’étais pas là-bas ». Il confirme aussi que Djamel était déjà mort, lorsque lui et Nadjib Ayoub, le trainaient par terre jusqu’à la placette.

Trois jours après les faits, il affirme être passé chez le coiffeur pour teindre en blond ses cheveux de peur d’être reconnu, étant donné que ses photos et vidéos étaient sur les réseaux sociaux. Les 45 000 DA trouvés sur lui, sont explique-t-il, le fruit de ses activités de plomberie. Le procureur général : «vous aviez donné des coups de pieds au défunt à la placette ». L’accusé : « un seul coup ».

« Il était à terre et tout le monde le frappait »

Yacine Nekkache qui nie avoir participé à l’assassinat de Djamel Bensmain, reconnait cependant avoir fait partie du MAK. Le juge lui demande s’il était « l’adjoint du secrétaire de la trésorerie », mais Nekkache déclare : « ce n’est pas vrai. En 2017, j’avais fait un démenti sur la page Bejaia City, qui avait parlé de moi en me collant ce poste ». L’accusé nie avoir reçu de l’argent ou être en contact avec les responsables du MAK.

Le juge appelle Azouaou Hadjaz, qui revient sur les faits. « J’ai vu une Clio Campus brûler et j’ai demandé aux passants les raisons. Ils m’ont dit qu’elle faisait partie des gens qui brulaient les forêts et qui ont été arrêtés. J’étais content. J’ai pris des photos que j’ai diffusées sur ma page. Mon but était de soulager les gens de la région. Après je ne suis plus sorti de la maison», affirme l’accusé, tout en niant « tout lien » avec le MAK. Le juge : « vous aviez déclaré avoir participé à des activités du MAK ».

L’accusé : « j’ai dit que j’ai participé à des marches qui concernent la culture berbère, comme Yenayer ou encore la commémoration du printemps berbère ». Le procureur général le confronte aux vidéos diffusées sur sa page montrant des personnes en train de saccager la Clio Campus, présentée comme celle des auteurs des incendies.

« Elle était déjà saccagé par la foule », répond-il, avant que Youcef Keddache ne lui succède à la barre. Il jure n’avoir pas quitté ses oliviers qui brulaient pour aller à Larbaa et qu’il a passé la nuit dehors à surveiller son bien. Sur sa relation avec le MAK, il confirme avoir été membre de ce mouvement en 2016 mais, précise que c’était symbolique. « On m’a désigné pour les questions de l’environnement, mais tout cela n’existait pas. C’était une coquille vide. J’ai quitté le mouvement à cause des idées séparatistes. Je suis victime. Toute ma vie à chamboulé. Le lendemain j’ai appris qu’ils ont tué quelqu’un », précise-t-il.

L’accusé semble très affecté. Il poursuit : « lorsque j’ai su que les policiers sont venus me chercher, j’ai été au commissariat. On m’a dit que je n’avais rien. Je n’avais rien à me reprocher ». Le juge appelle ensuite Ali Bouzria, qui d’emblée déclare : « je n’ai aucune relation avec le MAK et je ne connais personne ».

Le juge le ramène aux faits. « Lorsque vous aviez arrêté la Clio, certains ont affirmé que c’est vous qui aviez dit à Haddad Amrane que les occupants étaient les auteurs des incendies ». L’accusé : « personne n’a entendu, je le lui ai dit à l’oreille ». Le juge : « qui a demandé aux gens d’arrêter le véhicule ? ». L’accusé : « Je ne sais pas ». Le juge : « vous aviez déclaré que c’était Mustapha Chaabane ». L’accusé nie catégoriquement, poussant le président à lâcher : «vous niez tous vos propos même ceux tenus devant le juge en présence de vos avocats ».

Le procureur général ne va pas par le dos de la cuillère. Il tente de le déstabiliser. « Les faits ont commencé chez vous, lorsque le défunt filmait », lui lance-t-il, avant de lui demander ce qu’il portait ce jour-là. « Un pull gris avec l’inscription Icon et un béret », répond-il. Le juge : « Les vidéos montrent le défunt en train de filmer et vous lui avez parlé. Lorsqu’il vous a répondu en arabe vous avez lancé : voici ceux qui brûlent ». L’accusé : « je lui ai dit ne pas me filmer et je suis parti».

Le magistrat : « vous aviez incité les gens contre lui Mustapha Chaabane a dit que le véhicule ne portait pas de plaque d’immatriculation. Vous étiez dans les dernières images trouvées sur le téléphone du défunt ». L’accusé : « je n’aime pas qu’on me filme ». La défense de la partie civile : « il filmait la voiture qui le suivait ». L’accusé : « il me filmait ». Un peu irrité, l’accusé rejoint les bancs, et Ferhat Ferhat, celui que les Algériens ont vu sur les réseaux sociaux, avec le défunt quelques heures avant son assassinat. Il portait un pull avec trois grandes lettres, ART, et une casquette.

Le juge lui demande d’aller aux faits. « Il y avait une foule imposante qui suivait le Veto de la police, dans lequel, il y avait un homme. On m’a dit que c’était lui qui brûlait les forêts. Je n’avais pas encore vu le défunt. Je me suis mis avec la foule. Je suis arrivé au commissariat. Je n’ai pas agressé aucun policier. Lorsque le fourgon est arrivé, je voulais voir qui est ce pyromane. Je suis rentré dans le fourgon, et je lui ai donné un coup de pied. Après, je suis sorti. Il était à terre et tout le monde le frappait ».

Le juge : « un homme à terre et tout le monde le frappait. Comment voyez-vous cela ? ». L’accusé : « je n’étais pas dans mon état ». Le juge lui montre une photo sur laquelle il apparaît et l’accusé répond : « oui, c’est moi. Je lui ai fait ce geste (NDLR : la main serrant la gorge), pour lui dire que vous avez tué beaucoup de gens. Je n’étais pas dans mon état. ».

« L’autopsie a montré que sa tête était ouverte »

Le juge : « la victime est tombée sur son visage et vous l’avez retournée, puis vous l’avez prise par les pieds pour l’avoir de face… » L’accusé : « non je ne pouvais pas le faire ». Le juge : « c’est vous qui l’avez déclaré ». L’accusé : « J’ai dit, ils allaient le renverser, j’ai pris son pied et je l’ai retourné. Je ne l’ai pas tiré ». Le juge : « deux l’ont tiré du commissariat jusqu’à la placette Abane Ramdane. Qui sont-ils ?  ».

L’accusé : « je ne sais pas ».  Le juge : « ne l’avez-vous pas brulé ? ». L’accusé : « je n’ai pas brûlé quelqu’un. Je n’ai pas vu ceux qui l’ont fait». Le procureur général lui fait rappeler que sur les vidéos, il apparait derrière le défunt, lors de son passage sur la web TV Awras où il disait je suis venu aider mes frères kabyles et l’accusé déclare : « oui. J’étais derrière lui. Il parlait à haute voix ».

Le magistrat : « et vous l’avez vu dans la cage du fourgon ». L’accusé nie et le magistrat réplique ; « vous êtes monté sur le toit du fourgon, et vous lui avez donné un coup à la tête, sans le voir ? ». L’accusé : « je ne savais pas que c’était lui ». Le juge revient à la charge. « Vous êtes entré au commissariat, pénétré dans le fourgon et frappé le défunt … », dit-il et l’accusé répond :   « c’était une erreur ». Le juge : « ce n’est pas une erreur. Il était dans un commissariat ». L’accusé : « je suis passé par une épreuve terrible ».

L’avocat de la partie civile : « vous avez dit n’avoir pas vu Djamel dans la voiture ? ». L’accusé confirme et l’avocat montre une série de photos au juge puis à l’accusé qui affirme qu’il s’agit de lui. « Qui a fait sortir la victime du fourgon ? », demande l’avocat et l’accusé répond : « je ne sais pas. J’ai pris son pied doucement, je l’ai retourné et déposé ». L’avocat : « l’autopsie a montré que sa tête était ouverte ».

L’accusé : «je ne l’ai pas pris par la tête mais par le pied ». L’avocat : « quand ils lui donnaient des coups était-il mort ou vivant ? ». L’accusé : « Je ne sais pas. La situation était confuse. Je lui ai donné un coup à la jambe ». L’avocat : « vous n’habitez pas Larbaa Nath Iraten, que faisiez-vous là-bas ? ». L’accusé : « c’est chez moi. Je suis parti aider la population ». L’avocat : « vous l’aidez au commissariat ? ».

Le juge appelle Chaabane Mostefaoui, qui nie tous les griefs qui lui sont reprochés, puis revient sur les incendies de l’été 2021 avant d’arriver aux faits. Il affirme que trois personnes étaient dans la Clio Campus et « sa plaque d’immatriculation accrochée à l’arrière. L’un des deux passagers est descendu. Il tenait un sachet noir. Lorsque nous l’avons appelé, il n’pas répondu et s’est enfui ». Le juge : « les forets étaient toujours en flamme ? ». L’accusé acquiesce et le juge relève ; « donc ce n’est pas lui ». L’accusé : « oui mais tout le monde l’appelait et lui courrait. Il revenait de Larbaa et se dirigeait vers Béni Yenni ».

Le juge : « vers la ville où le feu était éteint… ». L’accusé : « non. C’est le contraire. Sur les réseaux sociaux, on a lu que des gens mettaient le feu dans les forêts, à chaque fois qu’un feu est éteint, quelques heures après il repart. On ne comprenait rien. Le type courrait… ». Le juge : « en quoi cela vous regarde ». L’accusé : « c’est ma région. Quand on a vu qu’il ne répondait pas et ne s’est même pas retourné on a pensé qu’il y avait quelque chose ».

Le juge : « une soixantaine de personnes courraient derrière la voiture. Si vous étiez à sa place qu’auriez-vous fait ? ». L’accusé : « là où j’étais on neutralisait le feu, après ça repart à chaque fois. La Clio a accéléré. Il y avait une Nissan avec immatriculée 15, qui l’a suivi. Puis, je n’ai rien vu. J’ai entendu dire qu’une personne a pris la fuite et l’autre a été arrêtée ». « Je savais que le défunt ne pouvait pas échapper à la foule une fois dehors », ajoute-t-il.

Le juge : « vous êtes monté sur le toit de la Clio pour faire votre fetwa ». L’accusé : « je disais à la foule qu’il ne fallait pas saccager la voiture. Le matricule était chez le policier. J’ai dit que cette Clio appartient à celui qui a pris la fuite ». L’accusé dément avoir pris part à la destruction de la voiture, mais le juge lui rappelle : « vous l’avez vu venir. Elle n’était pas saccagé et vous aviez reconnu avoir pris part aux actes de destruction ».

L’accusé : « je l’ai vu arriver, certes, mais après je l’ai revu saccagée. J’ai été au commissariat pour avoir des nouvelles de celui qui a pris la fuite. J’ai trouvé une foule imposante ». Le juge :« qui vous a demandé d’aller voir si c’est le défunt ou non qui était au commissariat ? ».

L’accusé : « c’était la foule, mais impossible de me rappeler. J’ai trouvé la porte du veto ouverte et les gens entraient et sortaient ». Le juge : « vous disiez n’avoir pas vu le défunt. Pourquoi n’avoir pas déclaré que vous ne le connaissiez pas ? Vous étiez dans le Veto ». L’accusé : « il y avait une foule imposante ». Le juge : « vous auriez dû dire que ce n’était pas lui ? » L’accusé : « c’était sous la pression de la foule. Mon intention était de calmer la foule ». Le juge : « vous avez arraché au défunt son téléphone portable».

L’accusé : « oui j’ai essayé de le maintenir dans le fourgon ». Le juge : « vous lui avez enlevé ses clefs, sa carte d’identité, son téléphone, puis vous lui avez donné un coup de pied à la jambe pour l’immobiliser afin qu’il ne sorte pas et vous êtes descendu pour dire à la foule que c’était lui. Est-ce votre travail ? ».

L’accusé : « ils m’ont demandé la carte. Ils me l’ont volée. Je savais que dehors, le défunt ne pouvait pas échapper à la foule. Je ne voulais pas qu’il descende ». L’accusé affirme être parti juste après, mais le juge lui rappelle : « Non ! Vous êtes resté. Vous avez pris la carte d’identité et tout le monde a cru. Vous n’avez pas dit que ce n’est pas lui ». L’accusé : « mon intention était de calmer la foule ». Le juge : « vous auriez dû dire que ce n’était pas lui ».

L’accusé : « je voulais le sauver ». Le juge : « savez-vous ce qui lui est arrivé ? ». L’accusé : « il a été tué. J’ai lu sur Facebook, qu’il a été brulé. J’ai été très touché ».  Le juge lui demande ce que le défunt lui disait dans le fourgon, et l’accusé répond : « il me disait khatini (je n’ai rien à voir) ». Le juge : « vous avez pris sa carte et vous n’avez pas répété ce qu’il t’a dit à la foule ». L’accusé : « j’ai dit qu’il n’a rien à avoir et qu’il faut le laisser à la police pour qu’elle fasse son travail ».

Le procureur général : « pourquoi étiez-vous la première personne à entrer dans le fourgon pour fouiller le défunt et lui enlever ses papiers ? ». L’accusé : « Je suis un simple citoyens. Je n’étais pas le seul ». Le magistrat : « vous étiez le premier. Avez-vous une conscience paisible ? ». L’accusé : « je ne l’ai pas fait volontairement. Je voulais le sauver ». Le magistrat : « pourquoi lui avez-vous enlevé les clefs et la carte ? ». L’accusé : « c’est la foule. Tout le monde regardait. Je me suis dit quand on lui enlève la carte, la foule va le lâcher ».

Le magistrat : « pourquoi avoir déclaré à la foule qu’il était de Ain Defla ? ». L’accusé : « j’ai donné le nom de la wilaya, puis précisé qu’il m’a dit khatini avant de demander de le laisser à la police. Je n’ai incité personne à le tuer. Même si c’est lui j’aurais refusé qu’il soit tué ». Le juge emboite le pas au procureur général. « Comment et pourquoi vous ont-ils ouvert la route au milieu d’une foule imposante, comme un grand notable ? ». L’accusé : « à ce jour, je ne le sais pas. Je n’ai aucun statut. Je suis un simple citoyen ».

Ambiance électrique et suspicion

L’avocat de la partie civile : pourquoi avoir enlevé, au défunt, le téléphone ? ». L’accusé : « pour qu’après l’Etat recherche le 2eme suspect qui a pris la fuite ». La tension monte d’un cran entre les avocats des accusés et ceux de la partie civile. Visiblement, les questions de ces derniers irritent certains de leurs confrères. Ce qui suscite des échanges de propos acerbes. Le juge intervient : « c’à moi de gérer l’audition ».

Il appelle Aghiles Zetri, devenu célèbre par des scènes filmées sur les lieux du crime, où il apparait dans le fourgon, habillé d’un pull noir marqué par la lettre, couleur dorée. Il commence par nier les faits puis raconte : «j’ai appris l’arrestation d’un des pyromanes, et avec la foule, je me suis dirigé vers le commissariat. Je voulais le voir. Je suis entré dans le fourgon et je l’ai frappé avec les doigts de ma main ».

Le juge : « vous lui avez donné un coup de poing, pas un coup de doigts. Qui vous a dit d’entrer dans le fourgon ? ». L’accusé : « un policier m’a poussé à l’intérieur. Le défunt m’a dit welah Khatini, ils m’ont trahi ». Le juge : « vous lui avez asséné un coup de couteau ». L’accusé : « j’ai affirmé cela, sous la pression. Ils m’ont obligé ». Le juge : « pourquoi avoir fait cela ? ». L’accusé : « j’ai vu des femmes avec leurs enfants calcinés par les flammes, j’ai vécu l’horreur… ».

Le juge : « est-ce lui qui est en est à l’origine ? ». L’accusé se mue dans un silence de marbre, pendant quelques secondes, puis lance : « si quelqu’un m’a vu tuer, j’assume ma responsabilité ». Au procureur général, il déclare : « quand je suis sorti, j’ai vu des gens, dont je ne me rappelle pas, pousser la voiture renversé.». Le magistrat : vous dites n’avoir pas vu le défunt, alors comment saviez-vous qu’il était présent dans le fourgon ? « . Silence. Le magistrat insiste : « dites-nous la vérité ».

L’accusé : «je dis la vérité ». Le magistrat : «   je voulais voir celui qui brulait. J’étais sous le coup de la colère ». Le magistrat : « Khouadria Tahar vous a remis le couteau et vous avez asséné deux coups. Qu’avez-vous à dire ? ». L’accusé : « ce n’est pas vrai. On m’a dit de le dire. Il m’a pas donné de couteau ». Le magistrat : « qu’avez-vous fait après ? ». L’accusé : « je suis resté à la maison. Mon père m’a demandé de retourner à Larbaa (Blida) ».

Le procureur insiste : « qu’avez-vous fait après ? ». L’accusé déclare avoir coupé ses cheveux parce qu’il avait « peur du peuple ». L’avocat de la partie civile prend le relais : « vous aviez déclaré avoir donné au défunt un coup au thorax ? ». L’accusé : « non. J’ai parlé de tape de doigts sur le côté droit et c’est un policier en civile qui m’a dit va le voir. Quand j’ai quitté le fourgon, il était toujours vivant».

« Je n’étais pas dans mon état »

Le juge appelle Khoualdi Tahar, lui aussi nie les faits, puis explique : « je n’étais pas loin du commissariat quand j’ai entendu des cris. Je suis venu en courant, et j’ai vu une foule imposante autour du fourgon. Je voulais voir à l’intérieur, mais impossible ? Je regardais de la vitre, et dès qu’une petite place s’est libérée, je suis rentré ». Le président lui montre des photos de la scène, et Khoualdi confirme sa présence. « J’avais un pull noir, une casquette bleue et un short Versacchi », dit-il au juge. « Avez vis vu le corps calciné ? ». L’accusé : « où ? ».

Le juge : « en Libye….je parle du corps du défunt ». L’accusé affirme ne l’avoir pas vu, mais le juge poursuit son chapelet de questions dont les réponses sont toutes négatives. Le procureur général l’interroge sur son entrée dans le fourgon. « Je voulais savoir qui était ce pyromane. Je l’ai laissé vivant. Après je n’ai rien vu et lorsque j’ai appris qu’ils l’ont brulé, j’ai trouvé cela bizarre ».

Le magistrat : comment cela bizarre ? Est-ce normal ? Vous étiez présent et vous aviez vu les gens faire sortir le défunt du fourgon». L’accusé nie et le magistrat poursuit ; « et à la placette qu’avez-vous vu ? ». L’accusé : « je n’y étais pas ». Le magistrat : « vous n’avez rien vu et vous diffusez une vidéo dans laquelle, vous justifiez l’assassinat de Djamel et vous le présentez comme l’auteur des incendies ».

L’accusé : « je n’étais pas dans mon état ». Le magistrat : « qu’avez-vous dit dans la vidéo ?  Nous avons tué celui qui brûlait. Il n’a pas été tué pour rien. Nous avons des preuves ». L’accusé : « je n’étais pas dans mon état. Une personne normale ne dira jamais cela ».

Le magistrat : « prenez-vous des psychotropes ? ». L’accusé : « oui. J’étais à la maison et j’ai demandé à ma tante de me prêter son téléphone pour me connecter. J’ai publié la vidéo. Quelques moments plus tard, elle m’a dit : « qu’as-tu fait ? Tu n’étais pas dans ton état. Tu ne savais même pas que quelqu’un était derrière toi ». J’ai eu de nombreux messages sur Instagram et j’étais étonné. J’ai pris conscience. Après cette vidéo, j’ai tout changé ». L’avocat de la partie civile : « et après cette vidéo avez-vous changé ? ». L’accusé se tourne vers le juge : « puis-je ne pas répondre ? ».

Le juge : « bien sûr ». L’audience est levée pour une heure. La reprise se fait avec Chaabane Mezari, qui entame son récit : « il y avait une foule dense devant le commissariat. On a entendu parler de l’arrestation des pyromanes. Je suis rentré. J’ai trouvé un policier évanoui, je l’ai pris et je lui ai donné de l’eau. Il s’est réveillé. J’ai vu des gens frapper le défunt. J’ai tenté de dissuader certains mais en vain ». Le juge : « vous teniez une pelle ».

L’accusé : « je l’ai déposé pour pouvoir pousser la foule. J’ai fini par partir, parce que j’ai un problème de respiration. Je ne pouvais plus tenir. Je me suis éloigné. J’ai laissé la pelle là-bas». Le juge ; « que portiez-vous ? ». L’accusé : « survêtement, pull noir et lunette ». Le juge: « Djamel était vivant ? ». L’accusé : « je ne l’ai pas vu ». Le juge : « pourquoi poussiez-vous les gens ? ». L’accusé : « la foule était devant moi et derrière moi, donc je poussais vers l’avant et vers l’arrière, pour l’éloigner du fourgon ».

Le juge appelle Said Saadadou, l’homme au pull noir, un Jean et bavette noire, qui avait alimenté les commentaires sur les réseaux sociaux, tantôt présenté comme agents des services de renseignement, tantôt comme policier en civile. Il n’en est rien. Said Saadadou, affirme que ce sont les policiers qui appelaient les gens à l’aide pour empêcher la foule d’entrer dans le fourgon. Le juge : « c’est vous qui aviez demandé de faire sortir le défunt du fourgon ?». L’accusé conteste et précise qu’il était loin au moment où, Djamel a été tiré du véhicule.

« Vous aviez déclaré que Mohcène Mokrane sautait sur le cadavre…. », lance le président, et l’accusé dément. L’avocat de la partie civile : « avez-vous vu qui était dans le fourgon ? ». L’accusé : « non ». L’avocat : « pourtant vous aviez déclaré avoir vu le défunt ». L’accusé : « j’ai vu juste une ombre. Je suis monté sur le toit du fourgon pour dissuader la foule de le prendre ». Le procureur général : « portiez-vous une bavette noire ? ». L’accusé : « oui ». Le magistrat : « que faisiez-vous sur le toit du fourgon ? » .

« Je leur disait akhziw echitane »

L’accusé : « je disais à la foule : arrêtez, akhtiw echitane (NDLR ; éloignez-vous de satan) », mais en vain ». Le juge appelle Ahmed Yaici, qui affirme d’emblée, qu’il était resté loin de la foule, parce qu’il était malade. Il revient sur toutes ses déclarations à l’instruction. Il cède sa place à Mohamed Aliane, qui déclare : « une imposante foule en colère encerclait le fourgon dans laquelle il y avait le défunt. Je suis rentré et je lui parlé. Il avait très peur ».

Le juge : qui l’a frappé ? » L’accusé : « ils étaient nombreux. Je leur disait d’arrêter mais ils m’ont insulté ». Le juge appelle Tayeb Tarriche qui raconte que 13 jours avant, son fils qui vivait à Larbaa, l’a appelé pour présenter les condoléances à la famille de son épouse, qui a perdu toute sa famille à cause de la Covid-19. Je voulais les prendre avec moi à Tiaret, il y a eu les incendies.

Le juge le ramène au moment de l’immolation de Djamel.  « Ils prenaient tous des photos. J’ai pris des herbes et je les ai mises sur le cops du défunt pour éteindre la braise. Vingt minutes après, j’ai ajouté après un carton pour le couvrir. Des gens m’ont agressé en me reprochant de ne pas avoir laissé le feu ». Le juge : «ce n’est pas ce que vous aviez déclaré. Vous aviez dit : ils ont exigé de mettre un autre carton sinon, en tant qu’arabe, ils me feront subir le même sort. Ils étaient une trentaine ».

L’accusé, revient sur ses propos et confirme avoir été menacé. « Il m’a dit, pourquoi tu as mis le carton sur lui. Tu es arabe comme lui, tu subiras le même sort. J’ai pris un carton je l’ai mis sur le corps du défunt, mais c’était pour le couvrir. Ils m’ont reproché de vouloir éteindre le feu. J’en était malade ».

Le procureur général : « on éteint le feu avec de l’eau ou du carton ? ». L’accusé : « le feu était éteint. J’ai mis le carton pour le couvrir mais après ils m’ont dit de le mettre pour rallumer le feu». Le magistrat : « certains accusés affirment que c’est Tiarti, donc toi, qui a mis de l’essence et allumé le feu ». L’accusé : « ce n’est pas moi. Si c’est moi, condamnez-moi à la peine maximum ».

Le juge appelle Lounis Maaloun qui nie les faits reprochés. Lui aussi, il est parti au commissariat pour voir les auteurs des incendies. « J’ai vu le défunt. Son visage était ensanglanté. Je suis descendu et sorti du commissariat. Après ils l’ont sorti et trainé jusqu’à la placette.

Le procureur général : « vous avez été entendu par la police ? ». L’accusé : « c’est la première fois que je suis convoqué par la police. Je n’ai  jamais mis les pied dans un commissariat». Le président : « si vous êtes entré non seulement dans un commissariat mais aussi dans un fourgon de police ». L’avocat de la partie civile lui demande s’il était présent lorsque le défunt était tiré du fourgon. L’accusé répond par un oui et l’avocat réplique : « donc vous étiez avec eux ? ».

L’accusé : « non je regardais ». L’avocat : que faisiez-vous dans le fourgon ». L’accusé : «j’étais assis ». Le juge appelle Yazid Yaici et lui demande : « qui a fait sortir le défunt du fourgon ? ».

L’accusé affirme n’avoir vu personne et le juge lui rappelle ses propos lors de l’instruction. «Vous aviez dit que vous vouliez arracher le défunt de la foule, mais quelques un et vous aviez cité la personne qui portait le pull avec les lettres ART, ont réussi à le prendre ». L’accusé : « non je l’ai vu par terre et le type avec le pull ART lui tenait le pied. J’n’ai pas vu son visage parce qu’il avait la tête vers le bas ». Il cède sa place à Belkacem Hadjali. Il affirme qu’il voulait à tout prix voir celui qui a brulé, la forêt, à travers les vitres du fourgon, mais impossible. J’ai essayé de forcer la porte, il l’a refermé avec violence sur moi ». Le juge : « comment êtes-vous entré ? ».

L’accusé : « normal. J’ai vu que les gens entraient et sortaient, j’ai fait de même ». Le procureur général : « est-ce normal d’entrer dans un commissariat, et de monter dans un fourgon de police ? ». L’accusé : « ma tante et ses enfants ont été brulées vifs par les flammes, je voulais voir qui est cet homme ». Le magistrat : « pour le frapper ? ». L’accusé : « jamais, c’était pour le voir seulement. J’ai dit la vérité. Si ce n’était pas les gens qui entraient et sortaient du commissariat et du fourgon, je ne serais pas allé ».

« J’ai fait du bien en repoussant la foule et du mal en montant sur le toit du fourgon »

L’avocat de la partie civile : « comment avez-vous trouvé le défunt lorsque vous l’avez-vous dans le fourgon ? ». L’accusé : « il était en forme ». Le président : « comment était-il en forme ? Il était blessé ». L’accusé : « je ne l’ai pas vu. Il a fermé la porte sur mn visage ». Le juge appelle Mokrane Boulahcene, qui nie tous les faits et se limite à déclarer que lorsqu’il est arrivé le défunt était allongé par terre devant le commissariat et « tout le monde lui donnait des coups ».

Il cède sa place à Said Ziane, reconnait être entré au commissariat puis monté sur le toit du fourgon, pour pouvoir entrer à l’intérieur par la fenêtre afin de voir, dit-il, le défunt. Il nie avoir donné des coups à ce dernier et déclare : « j’ai fait du bien en repoussant la foule afin qu’elle ne prenne pas Djamel et j’ai fait du mal en montant sur le toit du fourgon ».

Le juge appelle Madjid Benyoub, affirme comme une bonne partie des accusés, avoir rejoint le commissariat pour aider le défunt. « J’ai poussé le portail, j’y suis entré, monté sur la terrasse pour dire aux gens de laisser la police faire son travail. Quand je suis descendus, ils avaient déjà sorti le défunt du fourgon et l’ont trainé sur une distance de 100 mètres. Il était déjà mort ». Le juge : « pourquoi êtes-vous monté à la terrasse ? ».

 « Ali Bouzar disait dépèce-le, dépèce-le »

L’accusé : « pour les dissuader. J’avais peur qu’ils attaquent le commissariat » ; Le juge : « vous défendez le commissariat et vous laissez le cadavre ? ». Le juge : « pourquoi donniez-vous des coups au toit du fourgon ? ». L’accusé : « pour les empêcher de frapper le défunt ». Le juge : « qui a sorti Djamel du fourgon ? ». L’accusé : « c’est celui qui l’a fouillé et lui a pris la carte d’identité ». Le procureur général : « vous avez aidé Gaya Zine à tirer le défunt du fourgon ». L’accusé : « je n’arrive même pas à savoir pourquoi j’ai fait cela ».

Le juge appelle Iddir Ouardi. Il a facilité la tâche au juge, en vidant tout. Ses déclarations ont glaçantes. Mais avant il affirme : « la foule criait il a tué, il faut l’égorger et lui enlever la tête. Je ne sais pas comment j’ai pu faire cela ». Le juge : « avant de lui enlever la tête, qu’avez-vous fait ? ». L’accusé : « je l’ai égorgé avec un cutter ». Le juge : « Nabila criait égorge le, coupe lui la tête… ».

L’accusé : « j’ai dit j’entendais une voix féminine dire egorge-le, coupe lui la tête. Je ne l’ai pas vu. Quand je suis parti, on s’est rencontré dans la rue. Elle m’a demandé de lui montrer la route vers Alger. Elle avait très peur. J’étais un peu ivre ». le Juge : « vous étiez ivre, mais vous avez pu lui montrer la route. Continuez ».

L’accusé : « je n’arrive toujours pas à y croire. Je n’ai pas pu prendre de photos. Je n’étais pas devant le fourgon. Je suis arrivé à la placette entre 20 heure 30 et 21 heures ». Le procureur général : « avez-vous fait des choses pareils ? ». L’accusé : « jamais ». Le magistrat : « pourquoi l’avez-vous fait ce jour-là ? ». L’accusé : « ce jour-là, la population était en colère contre les incendies ». Le magistrat : « est-ce Ali Bouzar qui disait dépèce le, dépèce le ». L’accusé : « oui c’était lui». Le magistrat : « qu’avez-vous fait du cutter et de vos vêtements ?».

L’accusé : « je m’en suis débarrassé ». L’avocat de la partie civile : « combien de fois avez-vous fait passer le cutter sur le défunt ? ». L’accusé : je ne sais pas. J’ai essayé de lui enlever la tête avec mon pied et à ce jour je n’arrive pas à croire ce que j’ai fait. Ma conscience me fait souffrir. J’ai pensé faire des choses contre ma personne, mais à chaque fois, je revois le visage de ma mère que j’ai laissée malade ». L’avocat : « comment avez-vous laissé le corps ? ». L’accusé : « tout noir calciné. J’ai fait une dépression nerveuse à la prison. Je me fais suivre par un psychiatre… ».

« L’Arabe qui viendra ici sera brulé »

L’accusé : « je n’étais pas là-bas ». Il confirme aussi que Djamel était déjà mort, lorsque lui et Nadjib Ayoub, le trainaient par terre jusqu’à la placette. Trois jours après les faits, il affirme être passé chez le coiffeur pour tendre en blond ses cheveux de peur d’être reconnu, étant donné que ses photos et vidéos étaient sur les réseaux sociaux. Les 45 000 DA trouvés sur lui, sont explique-t-il, le fruit de ses activités de plomberie.

Le procureur général : «vous aviez donné des coups de pieds au défunt à la placette ». L’accusé : « un seul coup ». Il cède sa place à Loucif Chemini, qui revient sur les faits au niveau de la placette après l’immolation du défunt. « Il y avait une foule importante, et tout le monde, les femmes, les enfants, des pompiers et même les vieux, tournait autour et prenaient des photos.

Je ne comprenais pas. On m’a dit que c’est celui qui a brulé a été brulé. Je ne savais pas qu’il a été pris du commissariat. J’ai fait un selfie avec le cadavre et publié dans une story personnalisée en écrivant celui qui a brulé a été brulé. Mais je l’ai supprimé quelques minutes après les commentaires et les insultes reçus. Le juge ferme les auditions des accusés et passe à celle des parties civiles. Mobilis, Algérie Télécom, mais surtout des policiers et sans oublier les deux passagers de la Clio Campus. D’abord son propriétaire.

Son témoignage est poignant. « Nous étions sur la route à accompagner le camion qui a ramené des provisions aux sinistrés. En cour de route ont nous appelle pour aller à Tizi Ouzou. On fait demi-tour à Larbaa Nath Iraten, et quelques mètres plus loin, une foule importante criait « arrêtez. J’allais m’exécuter mais lorsque je me suis retourné j’ai vu quelqu’un avec une pelle j’ai eu peur. J’ai accéléré et pris la fuite vers la police. Ils m’ont suivi. Ils criaient donnez les nous, pour les bruler».

Le juge : « qui vous menacé ? ». Le propriétaire de la Clio : « celui qui a pris les clefs à Bensmain ». Le juge : « pouvez-vous le reconnaitre ? ». Le propriétaire de la Clio passe devant tous les bancs et désigne Ferhat Ferhat, comme celui qui l’a arrêté et qui tenait un bâton dans la main.

Le juge demande après le 3ème passager, qui selon le propriétaire de la Clio, « a eu tellement peur, qu’il a pris la fuite et rentré chez lui. Moi et mon 2ème accompagnateur, nous avons réussi à atteindre le célibatorium de la police. Ils nous ont caché dans les sanitaires, jusqu’à 2heures du matin, puis ils nous ont mis dans les malles pour nous emmener à Tizi Ouzou.  ». Il faut dire que l’audience n’a pas été facile avec un climat électrique entre les avocats. Le procès reprendra samedi prochain.

 

 

 

AD-300-X-250
PUBLICITÉ
AD-300-X-250
AD-300-X-600
PUBLICITÉ
AD-1000-X-250-Final
PUBLICITÉ
AD-300-X-250
PUBLICITÉ