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Allemagne: coup de filet contre un réseau d’extrême droite qui voulait attaquer le Parlement

Lors d'une vaste opération ayant mobilisé 3 000 membres des forces de l'ordre, la police allemande a démantelé, mercredi, un réseau de groupuscules d'extrême droite qui planifiait des attentats sur le territoire, dont l'un concernait le Bundestag.
© DR | tentative d'attentat déjouée en Allemagne

C’est un vaste coup de filet qui a entraîné l’interpellation de 25 personnes dans tout le pays. La justice allemande a annoncé, mercredi 7 décembre, avoir déjoué des projets d’attentat d’un groupuscule d’extrême droite et complotiste qui projetait de s’en prendre aux institutions démocratiques du pays, et notamment au Parlement.

Quelque 3 000 membres des forces de l’ordre ont été mobilisés à travers l’Allemagne et plus de 130 perquisitions ont été menées dans ce que les médias ont décrit comme la plus importante opération policière de ce type jamais menée en Allemagne.

« Préparatifs concrets »

Au cœur de cette conspiration criminelle, selon la presse et le parquet : un descendant de la noblesse allemande, d’anciens militaires, une ressortissante russe et une ancienne députée d’extrême droite.

Les personnes interpellées sont notamment soupçonnées « d’avoir fait des préparatifs concrets pour pénétrer violemment dans le Bundestag allemand », la chambre des députés à Berlin, « avec un petit groupe armé », ont déclaré les procureurs dans un communiqué.

L’ambassade de Russie à Berlin a dit mercredi n’avoir aucun lien avec des organisations « terroristes » ou « illégales » en Allemagne, quelques heures après l’annonce du démantèlement du groupuscule.

Outre les interpellations, 27 autres personnes sont visées par l’enquête et soupçonnées d’appartenance à la cellule criminelle, selon le parquet. Une arrestation a également eu lieu en Autriche et une autre en Italie.

Les investigations en cours lèvent le voile sur « l’abîme d’une menace terroriste », a commenté la ministre allemande de l’Intérieur, Nancy Faeser.

La cellule démantelée était « mue par des fantasmes de renversement violent et des idéologies conspirationnistes », a-t-elle ajouté.

Avant le risque jihadiste

Fondé « au plus tard fin 2021 », le groupuscule avait « pour objectif de venir à bout de l’ordre étatique existant en Allemagne et de le remplacer par une forme d’État propre », un projet ne pouvant être réalisé « que par l’utilisation de moyens militaires et de la violence contre les représentants de l’État », selon le communiqué du parquet de Karlsruhe, en charge des affaires concernant la sécurité de l’État.

Ses membres sont « unis par un profond rejet des institutions de l’État et de l’ordre fondamental libéral et démocratique de la République fédérale d’Allemagne, qui a fait grandir chez eux, au fil du temps, la décision de participer à leur élimination par la violence et de se lancer dans des actes préparatoires concrets à cet effet », décryptent les procureurs.

Les autorités allemandes ont classé ces dernières années la violence d’extrême droite au premier rang des menaces à l’ordre public, avant le risque jihadiste.

Au printemps, elles avaient démantelé un autre groupuscule d’extrême droite soupçonné d’avoir projeté des attentats dans le pays et l’enlèvement du ministre de la Santé, à l’origine des mesures de restriction anti-Covid.

Est notamment ciblé un mouvement allemand dit des « Reichsbürger » (citoyens du Reich), qui ont pour point commun de rejeter l’ordre étatique. Ils ne reconnaissent pas ses institutions, n’obéissent pas à la police, ne paient pas d’impôts ou réinventent les plaques d’immatriculation de leurs véhicules.

Sur les quelque 20 000 militants estimés de cette idéologie en Allemagne, une frange s’est radicalisée, intégrant notamment des négationnistes et envisageant le recours à l’action violente.

Dans le cas du groupe démantelé, les membres se référaient également aux théories de la mouvance QAnon, groupe conspirationniste d’extrême droite venue des États-Unis, selon le parquet.

Une organisation bien structurée

« Ils sont fermement convaincus que l’Allemagne est actuellement dirigée par des membres d’un soi-disant ‘État profond' » et que « l’intervention imminente de l »Alliance' », une société secrète techniquement supérieure regroupant des gouvernements, des services de renseignement et des militaires de différents pays, dont la Fédération de Russie et les États-Unis d’Amérique, amènera « la libération ».

Des contacts avaient d’ailleurs été pris par l’un des animateurs de la cellule avec « des représentants de la Fédération de Russie en Allemagne ». D’après les investigations menées jusqu’à présent, rien n’indique toutefois que ces interlocuteurs aient réagi positivement à la demande. De son côté, l’ambassade de Russie à Berlin a affirmé n’avoir aucun lien avec des organisations « terroristes » ou « illégales » en Allemagne.

Dans son projet d’éliminer l’ordre démocratique, ce réseau était « conscient qu’il y aura aussi des morts », « une étape intermédiaire jugée nécessaire » pour atteindre le « changement de système ».

La justice dit avoir identifié une organisation très structurée et hiérarchisée composée d’un « organe central » et d’un « bras militaire » chargé de l’achat d’équipements de l’entraînement aux armes du recrutement, mais aussi de commissions « Justice », « Affaires étrangères » ou « Santé ».

D’anciens militaires comptent parmi les protagonistes.

Très récemment, en octobre, des membres du « bras militaire » ont repéré des casernes de la Bundeswehr afin d’inspecter leur capacité à accueillir leurs propres troupes après leur « coup d’État ».

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