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Lynchage d’une jeune maman à Tizi-Ouzou : une vidéo relance le débat sur l’efficacité de la justice

La publication d’une vidéo montrant une jeune mère de famille se faisant passer à tabac par sa belle-famille, sous le regard impuissant de ses enfants, a fait remonter la problématique des délais de traitement des plaintes relatives aux violences faites aux femmes en Algérie. La femme qui apparait sur la vidéo est décédée sans avoir réussi à faire valoir ses droits, après plusieurs plaintes. Elle laisse derrière elle, une enfant qui tente de lui faire justice aux moyens de son smartphone.
Crédit photo : DR | Illustration d'une campagne de violences faites aux femmes

Depuis trois jours, la vidéo d’une femme se faisant lyncher par sa belle-famille dans la cour de sa maison à Ait Arif, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, est devenue virale sur les réseaux sociaux. La séquence en question a été filmée par la fille de la victime, âgée tout juste de 9 ans. La fillette était visiblement en sanglots au moment des faits.

Annonçant le décès de la victime, cet enregistrement a provoqué une vive émotion et beaucoup d’indignation sur la toile.

Nous sommes parvenus à remonter jusqu’à la famille de la victime, pour déterminer les conditions ayant mené au décès, le 15 décembre dernier, de Ghania. M., à l’âge de 46 ans. La défunte a laissé derrière elle, quatre enfants de 3 à 13 ans.

Il ressort, qu’en réalité, la victime n’est pas décédée immédiatement des suites de l’agression relayée qui n’était pas la première. Nous avons réussi à nous procurer plusieurs autres vidéos montrant G. M. se faire violemment agresser par les membres de sa belle-famille avec lesquels elle partageait leur domicile. Sur l’une des vidéos, le beau-père de la victime apparaît en train d’ordonner à ses filles de tuer sa belle-fille.

Décédée des suites d’un accident cardio-vasculaire qui s’est déclenché après une altercation verbale avec les membres de sa belle-famille, la victime a été déclarée morte de manière naturelle.

Craignant pour sa vie et, au bout de 7 plaintes sans aboutissements, Ghania avait toutefois demandé à sa fille de filmer les lynchages qu’elle subissait, pour faire valoir ces preuves le jour où elle ne serait plus de ce monde. La petite fille qui souffre, aujourd’hui, de stress post-traumatique, se retrouve à devoir endosser les dernières volontés de sa mère, sans savoir vers qui se tourner. C’est de cette manière que cette vidéo filmée quelques semaines auparavant s’est retrouvée sur la toile.

Connaissant le calvaire qu’avait traversé G.M., ses proches ont, aujourd’hui, du mal à concevoir que les 7 plaintes qu’elle avait déposées de son vivant n’aient pas abouti. Une des cousines de la victime nous a d’ailleurs confié que le mari de celle-ci avait également déposé plainte contre ses frères et sœurs au lendemain du décès de son épouse. Celle-ci, tout comme les précédentes, est restée sans suite.

Selon les voisins de Ghania.M., les éléments de la Gendarmerie nationale de Draa Benkheda et Ait Khlifa auraient été contactés à trois reprises lors des agressions sur la mère de famille, sans pour autant se présenter sur les lieux des agressions.

Quid des mécanismes de protection des victimes

Une voisine et ancienne amie de Ghania nous confie naïvement : « C’est normal. Ils ne vont pas se déplacer à chaque querelle de famille non plus. Dans notre village, toutes les femmes ont des altercations avec leurs maris et belles-familles ».

Le cas de Ghania, n’a rien d’inédit en Algérie où au terme de l’année 2022, 38 féminoïdes et plus de 9.000 cas de violences faites aux femmes avaient été recensés.

Cependant, la diffusion de cette vidéo sur les réseaux met en avant le manque juridique relatif aux délais de traitement des violences faites aux femmes. Au bout de plusieurs années de maltraitance et après avoir réussie à trouver le courage de constituer un dossier contre ses bourreaux, pourquoi Ghania est morte sans avoir eu gain de cause ?

A ce sujet, Wiame Awres, fondatrice du site Feminicide.dz et fervente défenseuse de la cause féminine en Algérie nous avait déclarée : « Il faut en moyenne une dizaine d’années à une femme pour arriver à s’affranchir des violences domestiques dont elle est victime. Entre l’étape qui lui nécessite de réaliser qu’il s’agit de violences graves et qu’elle doit envisager une séparation et l’étape de la procédure judiciaire qui prend également des années lorsqu’il est question de collecter des preuves pour une plainte, une décennie de maltraitance s’écoule ».

Inconsolables, les proches de la victime sont persuadés que l’AVC qui a emporté Ghania est le résultat du stress extrême et des tensions qui l’avait obligée à vivre recluse dans l’étable du domicile familial qu’elle avait aménagé en studio.

En l’absence de son mari qui exerce comme chauffeur routier et qui n’était présent que le vendredi, Ghania avait arrêté de sortir et de se nourrir et avait à plusieurs reprises déscolarisé ses enfants pendant de longues périodes par crainte de sortir de chez elle et de tomber sur sa belle-famille.

Les proches de Ghania se demandent, aujourd’hui, si les violences que subissait cette jeune maman doivent maintenant rester impunies du fait de son décès. L’une de ses cousines nous déclare : « Je veux bien dire que l’AVC qui l’a emportée était le sort de Dieu, mais qu’on ne me dise pas que les personnes qui lui ont fait subir le pire sont blanchies à cause d’un timing judiciaire toujours inexpliqué. Qu’ils payent au moins pour leur maltraitance ».

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