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Procès Djamel Bensmail : récit des auditions tantôt choquantes tantôt révélatrices d’une profonde tragédie

Vingt-cinq accusés, poursuivis pour des délits. Certains en liberté, d’autres en détention ont été auditionnés par le tribunal criminel de Dar El Beida à Alger, au premier jour du procès des auteurs présumés de l’assassinat de Djamel Bensmail, l’été 2021 à Larbaa Nath Irathen dans la wilaya de Tizi Ouzou. En tout 102 personnes sont poursuivies dans le cadre de ce dossier, dont 95 sont en détention, 8 en liberté et 7 en fuite, à leur tête Ferhat Mhenni, dirigeant du mouvement séparatiste, MAK, déclaré « organisation terroriste » par l’Algérie.
© DR | Djamel Bensmail, immolé à Larbaa Nath Irathen

Après un premier renvoi, le procès des auteurs présumés de l’assassinat l’été 2021 de Djamel Bensmail, à Larbaa Nath Irathem, (Tizi Ouzou), s’est ouvert hier 15 novembre devant le tribunal criminel de Dar El Beida à Alger. En tout, 95 accusés en détention, 8 en liberté et 7 encore en fuite, dont Ferhat M’Henni, dirigeant du mouvement séparatiste MAK, déclaré par les autorités comme une « organisation terroriste ».

Les chefs d’accusation vont de « l’homicide volontaire avec préméditation, torture, mutilation et immolation d’un cadavre, attroupement armé, création et appartenance à une organisation terroriste dans le but de commettre des actes terroristes, mise à feu de biens d’autrui, incendie volontaire d’espaces agricoles ayant conduit à la morte d plusieurs personnes, complicité dans l’homicide volontaire » jusqu’à « incitation à l’attroupement armé, discours de la haine,   atteinte à  l’unité de nationale, atteinte à des agents de l’ordre public en exercice de leur fonction,  destruction des biens d’autrui, incitation à l’atteinte des agents de l’ordre public … etc. »

Après lecture de l’acte d’accusation qui a duré plus de deux heures, le juge appelle à la barre, Sofiane Zaef, le premier accusé d’une liste de 25 mis en cause poursuivis pour des délits, notamment « attroupement armé et incitation à l’attroupement ». Agé de 26 ans, il revient sur ce jeudi, 11 aout 2021. « Etant membre d’une association de bienfaisance, j’ai fait le déplacement à Larbaa Nath Iraten, pour apporter de l’aide aux habitants… », dit-il avant que le juge ne l’interrompe pour lui demander : « qu’avez-vous vu et entendu ? ». L’accusé : « je n’ai rien vu ». Le juge : « n’avez-vous pas fait des selfies avec le cadavre calciné du défunt ? ». L’accusé : « j’ai vu la photo chez le juge ». Le juge : « c’est vous qui aviez fait cette photo… »

Zaef garde le silence et c’est le procureur général qui l’interroge : « une association de bienfaisance est sensé aider les gens, comment pouvez-vous prendre des selfies avec un corps calciné et dans quel but ? ». L’accusé et après un silence de quelques secondes, il déclare : « je suis arrivé à 17 heures. Je n’ai rien entendu. A mon retour on m’a parlé de l’arrestation des auteurs des incendies ». Le magistrat : « vous aviez pris un selfie… ». L’accusé : « non ! Ils m’ont pris en photo ». Le magistrat : « il y a une autre à vous ». L’accusé : « le juge me l’avait montrée. Je ne l’ai pas partagée ». Le procureur insiste : « vous aviez fait un selfie avec le cadavre calciné ».

« le défunt m’a fait de la peine »

L’accusé persiste à affirmer qu’il a été pris en photo. Le président prend le relais : « vous dites qu’on vous a pris en photo, et que faite- vous sur cette photo ? », lui lance-t-il e lui exhibant une photo. Pris au piège, Zaef garde le silence. « Comment pouvez-vous prendre cette image avec autant de sang-froid, sans aucun malaise ? Vous êtes dans une association de bienfaisance, pourquoi n’avez pas tenté d’empêcher les gens de commettre ce crime », lance le procureur général.

L’accusé : « j’étais sur la route principale… ». Le juge : « il était à la placette, à quelques mètres seulement vous ne pouvez pas l’éviter ». Acculé, l’accusé lâche « il m’a fait de la peine ».

Le juge appelle Nabil Chmahla, poursuivi pour « attroupement armé et outrage à corps constitué ». « J’étais de passage dans la ville, j’ai vu des gens qui immolaient une personne… », dit-il avant que le président ne lui demande : « êtes-vous entré au commissariat ? ». L’accusé : « je ne suis pas allé. Je suis venu pour aider les villageois et en arrivant on m’a dit que la police a arrêté les personnes qui mettaient le feu dans la région… ». Le procureur général : « vous vous êtes arrêté non loin du corps pour prendre des photos… ». L’accusé : « c’est mon accompagnateur Saayoud, qui a pris les photos ».

Le procureur général : « lors de votre audition par le juge d’instruction vous aviez affirmé avoir été au commissariat avec votre accompagnateur Saayoud ». L’accusé conteste les déclarations, avant que les avocats de la partie civile ne l’assènent de questions, lui rappelant les contradictions entre ses propos tenus lors de l’instruction et ceux devant le tribunal.

« Ils étaient trop nombreux ».

Un peu déstabilisé, il cède sa place Mhena Mokrani, qui nie les faits (les mêmes que ceux de son prédécesseurs), qui lui sont reprochés, mais raconte : « j’ai vu le défunt dans le fourgon. C’était le moment où ce dernier était attaqué par des personnes.  J’ai essayé de les empêcher de s’approcher du fourgon et de le battre mais ils étaient trop nombreux ».

Le juge : « aviez-vous pris des photos ? ». L’accusé : « aucune, ni au commissariat ni ailleurs ». Le juge : « pourquoi avez-vous essayé de monter sur le fourgon de la police ? ». L’accusé nie catégoriquement. « Je me suis retiré »., lance-t-il en déclarant ne pas se rappeler des personnes qui étaient dans le fourgon.

Le juge appelle Zakaria Meriouli. D’emblée il reconnait être entré au commissariat et pris des photos du fourgon. Sur les raisons d’une telle incursion, il déclare : « il y avait beaucoup de monde devant le commissariat. On m’a dit que la police venait d’arrêter trois de ceux qui mettaient le feu dans la forêt. Je voulais voir ». Le juge : « vous avez donc escaladé le mur du commissariat pour y accéder… ». L’accusé : « oui, c’était pour prendre des photos et faire des vidéos ».

Le juge : « avez-vous vu ceux qui battaient le défunt ». L’accusé : « oui, mais je ne les connais pas. Mais quand, ils ont commencé à le bruler, je suis parti ». Le juge : « vous aviez déclaré lors de l’instruction, que vous aviez pris des photos que vous aviez envoyé sur Messenger à des amis ». L’accusé : « j’ai été sur place, mais avant qu’ils ne le brulent ». Le juge : « nous avons des photos et des vidéos. Soyez comme l’oiseau libre qui une fois pris, ne résiste pas ».

Le procureur général : « dans quel but avez-vous pris ces photos et ces vidéos, d’un corps entrain de se consumer par le feu ? ». L’accusé : « j’ai pris une photo ». Le magistrat : « comment peut-on partager ce genre de photos et vidéos ? ». L’accusé garde le silence. Le magistrat : « vous étiez au commissariat, vous aviez vu le défunt se faire battre, puis être tiré du fourgon et trainé jusqu’à la placette. Qu’avez-vous fait ? ».

« La foule criait brulez-le, tuez-le »

L’accusé persiste dans son silence de marbre. Le juge appelle Rabah Imerzouguen, poursuivi pour les mêmes faits que son prédécesseur. Il reconnait avoir fait trois vidéos, envoyées vers le compte de son épouse. Il était au commissariat et a assisté à l’attaque du fourgon de la police et à la placette, lors de l’immolation du défunt.

Le juge : « reconnaissez-vous ceux qui étaient à la placette parmi les accusés ? ». Imerzouguen se retourne vers la salle scrute les bancs des accusés puis déclare : « je ne connais que ceux de mon village et qui sont là ». Au procureur général, il affirme n’avoir pas diffusé les vidéos mais qu’il les avait envoyés à ses amis.

Il cède sa place à Benabdelaziz Bemane, qui reconnait avoir publié un texte dans lequel, il appelait la population à se rassembler en solidarité avec Samir, son ami qu’il dit connaitre, accusé d’avoir violenté le défunt dans le fourgon. « Je n’étais pas présent sur les lieux, mais j’étais persuadé que Samir ne pouvait pas faire cela ». Le juge : « comment pourriez-vous être sure alors que vous étiez absent des lieux ? ». « Je connais mon ami. Il ne peut pas faire ce genre de chose » dit-il avant de céder sa place à Ahmed Mhalem, qui se rappelle avoir vu une foule immense en colère devant le commissariat, mais il n’est pas rentré.

Il a avancé jusqu’à la placette et il a vu « un corps allongé et des gens autour qui le brulaient, je suis reparti ». Le juge : « qui étaient ces gens ? ». L’accusé : « je ne me rappelle pas ». L’accusé affirme avoir mis en garde son frère de la situation notamment avec la police pour « éviter les problèmes ». Le juge : « vous lui avez parlé des photos retrouvées chez Belkacem aussi… ». L’accusé confirme.

Puis c’est au tour de Lakroufi Boussaad, de passer à la barre et tout de suite le juge l’interroge : « vous étiez devant le commissariat, pourquoi n’avez pas aidé le défunt ? ».  L’accusé : « j’ai tenté d’empêcher les gens, mais ils étaient nombreux ». Le juge : « les photos en ma possession prouvent le contraire ».

L’accusé : « j’étais debout à repousser les gens ». Le juge : « vous n’étiez pas entrain d’aider. Vous aviez déclaré avoir assisté depuis le début devant le commissariat jusqu’à ce que le défunt soit immolé au niveau de la placette. Maintenant vous revenez sur vos propos et vous dites n’avoir assisté qu’aux scènes devant le commissariat. Pourquoi ? ».

L’accusé : « j’étais devant le commissariat et j’entendais la foule crier tuez-le, brulez-le, brulez-le ». Le juge : « qu’avez-vous fait ? ». L’accusé : « je ne sais pas. Le défunt m’avait fait de la peine. Il disait khatini (ce n’est pas moi) ». Le juge : « comment l’avez-vous entendu, il était dans le fourgon ». L’accusé : « la porte était ouverte. Les gens me disaient que c’était mon ami, je ne comprenais pas le kabyle et cela a suscité chez eux des soupçons ».

Les avocats de la partie civile prennent le relais du juge. « Combien de personnes il y avait dans le camion ? », demandent-ils et l’accusé répond : « je ne sais pas. Tout le monde criait il est mort, il est mort. Au début quand je voulais défendre le fourgon, des gens étaient déjà à l’intérieur. Ils ont sorti le défunt mais avec deux policiers nous avions pu le leur arracher et le remettre dans la cage du fourgon. D’autres sont rentrés. Ils étaient 8 ou 10 qui le tabassaient avec violence ».

Le juge appelle Ryad Boukheddach qui affirme qu’une fois arrivé devant le commissariat, il a remarqué une foule très imposante, précisant qu’il n’avait pas vu le défunt. Le juge : « lors de l’instruction vous aviez déclaré qu’à ce moment vous aviez vu des personnes qui tabassaient Djamel et le menaçaient d’immolation. Aujourd’hui, vous dites ne pas l’avoir vu. Où se trouve la vérité ? ». L’accusé se ressaisi : « j’ai vu des gens autour du Veto qui frappaient la victime. »

« Je sais que j’ai fait une chose pas bien »

L’accusé revient à sa place et c’est Syphax Mamo qui le remplace devant la barre. Il commence par déclare : « je nie tous les faits qui me sont reprochés. Avant j’étais membre du MAK, mais je me suis retiré durant l’été 2020, parce que je trouvais que c’était une voie qui ne menait nulle part ».

Le juge cite une liste de noms et demande à l’accusé si les concernés font partie du mouvement. « Je ne les connais pas », répond l’accusé. Le juge : « connaissez-vous le trésorier du MAK, Mohand Oubelaid ? ». L’accusé : « je ne savais pas qu’il était trésorier ». Le juge : « vous étiez coordinateur de Larbaa Nath Irathen, comment ne pouvez-vous pas le savoir ? ». L’accusé : « mon poste était symbolique. Nous étions quatre seulement dans la ville, moi, Oubelaid, Yacine et un autre ».

Le juge : « que faisiez-vous ? ». L’accusé : « de 2019 à 2020, nous participions aux marches qui s’organisaient lors des évènements liés à la culture amazighe. Il n’y avait rien. J’ai d’ailleurs envoyé ma lettre de démissionner par Messenger au représentant du MAK à Tizi Ouzou. Nous étions deux seulement dans la région et de 2017 à 2019, il n’y avait aucune activité ».

Le juge : « Qu’en est-il de votre relation avec Brahim Abbes ». L’accusé : « il ne m’a contacté qu’une seule fois, par téléphone à partir de la France, pour me demander les raisons de ma démission. Je ne le connais pas. Je sais juste qu’il est au MAK en France ». Le juge : « vous a-t-on demandé de vous préparer à un évènement important en ce jour de l’assassinat de Djamel, où il est exigé la fermeture des commerces ? ». L’accusé répond négativement, avant de laisser sa place à Karim Hamed.

« C’était une erreur… ».

Le juge : « vous aviez filmé et fait des enregistrements vidéos de la victime ». L’accusé : « c’est mon cousin qui a pris des photos du corps de la victime calciné avec mon téléphone. ». Le juge : « comment pouvez-vous prendre des photos d’un corps en fumée ? ». L’accusé : « c’était une erreur ». Le juge : « c’est tout ? ». L’accusé se tait. Le juge : « pourquoi avez-vous pris des photos ? ». L’accusé : « c’était une erreur… ».

Le juge demande à Hamed et de manière sèche, de reprendre sa place avant d’appeler Amar Hamed, qui reconnait avoir pris des photos avec le téléphone de son cousin Karim, parce qu’il avait oublié le sien. Le juge : « vous êtes venus offrir votre aide aux sinistrés, comment pouvez-vous prendre des photos d’un corps en flamme et dans quel but ? ». L’accusé et d’une voix basse répond : « j’ai senti que j’ai fait une chose pas bien ».

Le juge appelle Lyazid Khelili, poursuivi pour avoir diffusé des publications faisant l’apologie du MAK, qui rejette les griefs et ne cesse de lancer des « khatini » (ce n’est pas moi). A peines quelques minutes, et il est renvoyé à sa place par le juge qui appelle Salem Boukherchoufa, qui affirme : « j’étais devant le commissariat lorsque la foule s’est rassemblée. Mais quand ils ont commencé à frapper Djamel, je suis parti ». Le juge : « vous aviez déclaré avoir assisté lorsque les gens l’ont extrait du fourgon et trainé jusqu’à la placette et aujourd’hui vous dite n’avoir été présent qu’au moment de l’attaque du fourgon au commissariat. Pourquoi ? ».

L’accusé se tait. Le juge : « qu’avez-vous fait lorsque les gens sont partis ? ». L’accusé : « j’ai pris des photos du corps calciné ».  Le procureur général prend le relais : « vous avez tout suivi, depuis le commissariat jusqu’ à la placette ». L’accusé : « j’ai vu quand ils l’ont sorti du fourgon, j’ai essayé de l’aider mais la foule était nombreuse … »

« Ébullition »

Le magistrat : « vous avez essayé de l’aider et vous prenez en photo son corps calciné. Expliquez-moi ce geste ? ». L’accusé : « je n’ai pas pris en compte sur le coup, mais cela m’a déstabilisé ». Le magistrat : « le corps était en flamme… ». L’accusé : « ce n’était pas à mauvais escient ». Le magistrat : « au juge d’instruction vous aviez déclaré avoir pris une photo du corps alors qu’il le faisait bruler. Comment expliquer cet acte ? ».

L’accusé se mue dans le silence et le juge appelle Mouloud Dahmani, qui semble perdu. Il raconte être venu juste pour restituer une clé à démonter les roues, qu’on lui a passé. « Une fois arrivé, j’ai trouvé une foule nombreuse. On m’a fait comprendre que les policiers venaient d’arrêter les personnes qui mettaient le feu dans la forêt. Je suis rentré chez moi. Je n’ai assisté à rien ».

Il cède sa place à Ouardia Massi, infirmière qui avait accompagné sa copine de Hadjout pour prêter assistance à la population sinistrée. Une fois sur place, elle a trouvé la ville en « ébullition ». « Nous voulions reprendre la voiture, mais c’était trop tard, les routes étaient bloquées ».

Le procureur général : « vous aviez déclaré au juge avoir vu le défunt se faire égorger… ». L’accusée : « je n’ai pas lu le procès-verbal ». Le magistrat : « et les photos ? ». L’accusée : « pour moi c’est la même chose ». Le magistrat : « qu’avez-vous vu devant le commissariat ? ». L’accusée : « nous sommes arrivé vers 19 heures. Nous ne sommes pas allés au commissariat. Nous n’étions pas loin de la placette. On nous a entendu parler en arabe, on nous a accusé d’être des indicateurs et menacé de nous bruler comme ils l’ont fait au défunt ». Le juge : « qui vous a menacé ? ». L’accusée : « Bouzar… ».

Le juge appelle Bouzar qui répond présent : « est-ce lui là ? ». L’accusée répond « c’est lui. Il nous disait vous êtes des agents du DRS. Vous allez être brulées comme lui ». Le procureur général emboite le pas au juge. « Vous étiez venues apporter votre aide, que faisiez-vous à la placette ? ».

L’accusée : « nous sommes arrivées un peu tard, et la ville était paralysée par la foule. Nous sommes descendues de la voiture pour aller voir ce qui se passait. Ma copine n’était pas loin de moi. J’ai vu un corps allongé par terre, mais je suis revenue à la voiture ». Le magistrat : « vous vous êtes rapprochée et vous disiez tuez le » ; L’accusé nie catégoriquement, avant de rejoindre le banc des accusés.

Le juge appelle Islam Kidji, qui dit être arrivé en fin de journée pour déposer le ravitaillement collecté pour les familles sinistrées. « J’ai trouvé la ville en ébullition, et une foule importante était rassemblée devant le commissariat. Je ne savais pas ce qui se passait. J’ai appelé mon ami qui devait me rejoindre pour lui dire de ne pas faire le voyage. Il voulait à tout prix venir. Après avoir demandé aux gens ce qui se passait, ils m’ont dit que la police a arrêté les auteurs des incendies. J’ai filmé la scène devant le commissariat et je lui ai envoyé la vidéo pour qu’il revienne sur sa décision de faire le voyage », explique-t-il au juge avant de céder sa place à Mhand Belkessam, qui nie en bloc les griefs. Le procureur général lui fait savoir que les vidéos le montrent « parmi les personnes qui ont suivi le défunt depuis le début », mais répond : « jamais ».

Le juge appelle Anis Khedraoui, qui déclare avoir été contacté par Youba, pour l’accompagner à Oran, juste après les évènements, mais nie avoir parlé lors du voyage de ce qui s’est passé. Il reconnait également que Youba avait sur lui 600 000 DA lorsque les policiers l’ont arrêté, avec lui, à Oran, et que cet argent devait servir, selon lui à louer un appartement.

Le motus bouche cousue de certains et les remords d’autres

Le juge ne tarde pas avec lui, et c’est Tahar Yahlali qui passe l’épreuve des questions. Il avoue avoir pris « une seule photo du corps allongé par terre et qui brulait ». Le juge : « vous avez diffusé cette photo… ». L’accusé conteste : « je l’ai supprimé ». Le juge : « après l’avoir diffusé ». Le juge : « pourquoi avoir pris cette photo d’un corps calciné ? ». L’accuse garde le silence.

Le juge appelle Hocine Khellili, qui affirme au juge qu’il traversait la ville avec son camion lorsqu’il a vu « une Clio renversé et toute cabossée, entourée par plusieurs personnes. Comme je gênais le passage, je suis repartie ». Le juge : « qu’avez-vous remarqué ? ». L’accusé : « rien du tout ».

Le juge : « les vidéos montrent autre chose, pas rien du tout ». Le président appelle Youba Ziane, qui raconte : « j’ai entendu des voix qui criaient il faut les bruler, il faut les tuer. J’ai essayé de les raisonner mais en vain ». Le juge : « c’est une nouvelle version. Vous n’avez pas fait état de ces propos avant. Vous aviez déclaré que deux jeunes tiraient la victime vers l’extérieur du fourgon et l’ont trainé jusqu’à la placette ».

L’accusé : « je ne me souviens pas ». Le juge : « vous aviez même déclaré que c’est un certain Tiarti (habitant de Tiaret Ndlr) qui avait commencé à dire il faut le tuer ». L’accusé nie. Le procureur général : « la vidéo montre tout le contraire ». L’accusé : « ce n’est pas moi. Je ne suis pas rentré au commissariat. » Le magistrat : « c’est vous qui aviez identifié ceux ont tiré la victime du Veto et ceux qui l’ont trainé jusqu’à la placette ; vous les aviez filmé et leur a envoyé la vidéo en leur demandant les raisons d’un tel acte ». Déstabilisé l’accusé lance : « je suis rentré chez moi ».

Les avocats de la partie civile exhibent des photos. « Est-ce que c’est vous ? ». L’accusé regard quelques minutes puis répond négativement. Les avocats tirent d’autres photos, et l’accusé marque une longue hésitation avant de dire « ce n’est pas moi ». La défense : « vous aviez dit que vous portiez un survêtement gris. Regardez bien, c’est gris. N’est-ce pas vous ? ».

L’accusé persiste à nier et ses avocats protestent contre la défense de la partie civile. Le juge appelle Mohamed Oubelaid, qui ne sait rien à part, que des gens lui dit que des pyromanes ont été arrêtés et se trouvent au commissariat. Il n’a assisté à rien précise-t-il.

Le dernier accusé, entendu durant cette première journée du procès est Ferhat Debiane, qui lui aussi n’a rien vu ou entendu, mais plutôt diffusé sur les réseaux sociaux quelques photos. Les auditions reprendront mercredi.

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