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Reportage | Belayel, au pays du sel et du soleil …

Randonnée, découverte, produits du terroir, art culinaire local et plus encore, promet l’affiche de la deuxième édition de la fête du Sel à Belayel, commune d’Ighil Ali, à l’extrême sud de la wilaya de Bejaia.
© INTERLIGNES | Les Saline sies à Belayel dans la wilaya de Béjaïa

Peu de gens ont entendu parler de cet événement mais, ce vendredi 23 septembre 2022, le pittoresque petit village de Belayal, perché à plus de 800 mètres d’altitude sur un pic montagneux faisant face à la majestueuse Qalaa Nath Abbes, au cœur même des montagnes des Bibans, a bel et bien abrité cette singulière fête du Sel.

Tôt ce vendredi, des dizaines de bus et de fourgons ont bravé la route de montagne sinueuse et cahoteuse qui mène jusqu’au sommet de cette colline hérissée de vieilles maisons de pierre. Belayel a accueilli les bras ouverts des nuées de randonneurs venus de Bejaia, Bouira et Tizi Ouzou, avides de découvrir ce pittoresque village au charme ancien. Il faut dire que depuis des temps immémoriaux, Belayel est connu pour ses salines ou l’on continue encore aujourd’hui à extraire le sel à l’ancienne.

Belayel, c’est le pays du sel, du paprika et de l’huile d’olive. Dans ce village reculé, on laboure encore à la paire de bœufs, on est paysan de père en fils et on ne peut tirer sa subsistance que de la terre nourricière. Ici, l’olivier est roi et il s’étend à perte de vue en maître incontesté du pays. Les troncs noueux et déchirés des oliviers plus que centenaires ressemblent à de passionnantes œuvres d’art sculptées par un artiste fou.

Étranges salines d’un autre temps

Les randonneurs ont suivi l’ancien chemin muletier qui descend en lacets vers les salines. Fort heureusement, il a plu fortement cette semaine et le temps s’est radouci mettant fin aux fortes canicules qui ont grillé la maigre végétation qui caractérise ses reliefs ou s’épanouit le romarin et pin d’Alep. Les touristes ont été ravis de découvrir ces étranges salines d’un autre temps, de se prendre en photo en compagnie des nombreux mulets et des baudets ramenés par les villageois.

Pour le jeune Ghilas Himi, écologiste, militant de l’environnement et du développement durable et initiateur de l’événement, le tourisme de terroir est l’avenir de ce pays car il propose des prestations touristiques basées sur la découverte et sur les éléments identitaires d’un territoire. Ces éléments peuvent être des paysages culturels, un savoir-faire, des outils et techniques, des hommes et des femmes ou bien encore des produits locaux.

« L’image de la campagne a évolué. Elle devient un espace privilégié pour les courts séjours. Elle attire de nombreux touristes. Pourquoi ? Parce qu’elle représente un lieu avec des valeurs et une identité forte, possédant des paysages, des patrimoines et des savoir-faire variés », dit-il. C’est pourquoi Ghilas tente ce patrimoine immémorial. «  Nous devons sauvegarder ce patrimoine pour les générations futures et contribuer à la pérennité de cette activité nourricière pour plusieurs familles », dit-il encore.

© INTERLIGNES | Randonneurs venus spécialement pour la fête du Sel

« nouva »

Les salines sont aujourd’hui pratiquement abandonnées. Seuls quelques vieux paludiers continuent malgré le poids des ans et la pénibilité du travail de récolter les précieux cristaux blancs. Ammi Larvi Djaafri est de ceux là. Ce paysan qui vit encore à l’ancienne a commencé à descendre à Tamellahth à l’âge de 12 ans à bientôt 83 ans.

Jadis, à l’époque ou le sel valait de l’or, on venait de très loin pour s’approvisionner ici à Tamelahth qui appartenait aux trois villages qui l’entouraient : Qalâa Nath Abbes, Ath Sradj et Velaguel. Le partage de l’eau se faisait selon un système de parts mesurées avec des outres puisées à la source appelées « nouva » et au nombre de neuf et nul n’avait le droit d’y pénétrer s’il n’avait pas fait ses ablutions.

Les salines sont situées au fond d’un ravin où coule une source accessible par des petites marches en pierre. Des murs de pierre ont été bâtis tout autour afin de la protéger. Des dizaines de bassins peu profonds ont été édifiés de part et d’autre des berges de l’oued. À flanc de colline, des petites maisons de pierre ont également été construites pour entreposer récoltes de sel et outils de travail.

Au plus fort de l’été, les saliniers déversent leur quota d’eau dans les bassins et attendent que le soleil fasse s’évaporer l’eau et se cristalliser le sel en fines couches. En général, cela prend une semaine à dix jours selon la chaleur et l’intensité du rayonnement solaire. Chaque bassin donne trois récoltes dont seulement la première est de premier choix car il s’agit de la fleur de sel.

Vaste marché grouillant de vie et d’échanges

Jadis, le sel était directement vendu sur place ou bien acheminé vers tous les grands marchés hebdomadaires des régions limitrophes. Il était également échangé contre des denrées alimentaires comme les fruits, les légumes ou l’orge et le blé. Les salines étaient un vaste marché grouillant de vie et d’échanges. «  Les gens venaient de très loin, souvent en caravane, s’approvisionner en sel. D’autres ramenaient à dos de chameau des céréales des hauts plateaux pour les échanger contre de l’huile d’olive, du seul ou bien des fruits et légumes.

La région est connue aussi pour la poudre de poivrons et de piment, indispensable condiment de la cuisine locale. Chaque été, les femmes coupaient les poivrons rouges arrivés à maturité et les faisaient longuement sécher au soleil. Une fois séchés, ils étaient envoyés au moulin pour obtenir cette poudre indispensable au couscous comme à tous les plats en sauce.  Chaque foyer produisait sa consommation annuelle et vendait l’excédent s’il y en avait.

De retour au village, en fin de journée, randonneurs et touristes ont été accueillis par un grand plat traditionnel de « tchiwtchiw », le fameux couscous aux légumes sans sauce qu’ils ont dégusté dans la bonne humeur et la convivialité. Beaucoup ont tenu à repartir avec du sel, du paprika ou de l’huile d’olive, ces produits du terroir qui font la réputation de la région. Histoire aussi de contribuer quelque à l’économie locale.

Patrimoine culturel matériel et immatériel

En juillet dernier, l’Observatoire national de l’environnement et du développement durable (ONDD) a signé une convention de partenariat avec l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) pour réaliser un projet portant sur la gestion intégrée des forêts et de la biodiversité dans le massif des Bibans. Il sera mis en phase dans deux communes limitrophes dans un premier temps : Theniet Ennasr et Ighil-Ali.

Une belle perspective de développement pour tous les villages de montagnes comme Belayel qui pourront s’appuyer sur leur vaste patrimoine culturel matériel et immatériel et potentiel touristique pour sortir de l’ornière. C’est en ce sens que la Fête du sel montre la voie.

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