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Lakhdar Brahimi : « les français ont créé le « qui tue qui », pour faire croire que c’est l’armée qui tuait »

Le défunt président Abdelaziz Bouteflika a commis une erreur en prolongeant son 2e mandat et un grave péché en briguant un 4e mandat. Il était malade et refusait catégoriquement un 5e mandat, mais il a subi des pressions et a fini par accepter.
© DR | Lakhdar Brahimi, ancien ministre et envoyé spécial à l'ONU

Ce sont les propos tenus par l’ancien ministre des Affaires étrangères, et envoyée spéciale de l’ONU, Lakhdar Brahimi, dans un entretien accordé mercredi dernier à la chaine Qatarie, Al Araby. L’ancien ambassadeur est revenu sur tous les évènements depuis le début des années 90 jusqu’à la démission forcée du défunt Bouteflika, en 2019, après avoir retiré sa candidature pour un 5e mandat, sous la pression de la rue.

Pour la première fois depuis ses apparitions en début du mouvement de protestation en 2019, l’ancien ministre des Affaires étrangères et ambassadeur Lakhdar Brahimi, sort de sa réserve pour commenter sur la chaine Qatarie (Al Araby), les évènements qui ont secoué le pays depuis la fin des années 80 jusqu’au règne du défunt président déchu, Abdelaziz Bouteflika, en passant les élections législatives de 1991, leur annulation,  le retour de feu Mohamed Boudiaf, son assassinat, la désignation d’Ali Kafi, comme chef de l’Etat, la décennie noire jusqu’à l’élection de feu Bouteflika, sa déclaration pour un cinquième mandat et sa démission forcée à la faveur du mouvement de contestation populaire de février 2019.

« Bouteflika refusait catégoriquement »

Pour l’ancien envoyé spécial de l’ONU, « le 3e mandat de Bouteflika était une erreur et le 4e  un grand pécher », précisant que l’acceptation d’un 5e « a abouti au soulèvement populaire de février 2019 ». Mais, selon lui, Bouteflika « refusait catégoriquement » de se présenter pour un 5ème mandat. « Il était très malade et refusait catégoriquement de se présenter. D’ailleurs, c’est à deux jours de l’expiration des délais de dépôt des dossiers de candidature, qu’il l’a annoncé. Il a subi des pressions, et fini par accepter avant d’être poussé à la démission. En Algérie, les gens connaissent la vérité. Je suis formel, durant son 3e et 4e mandat, il était affaibli et malade, sa voix baissait de plus en plus, mais son cerveau fonctionnait à 100% et non pas à 95% ou à 99%. »

« Procès équitables »

Interrogé sur la corruption sous Bouteflika, Lakhdar Brahimi répond : « ce n’est pas Bouteflika qui a créé la corruption. Elle existait bien avant. Sous son règne, il y avait plus d’argent et donc plus de corruption ». Cependant, ajoute-t-il, il exprime son « souhait » qu’il « ait des procès équitables et sereins et non pas des procès expéditifs, de vengeance ou pour plaire à la rue. Sarkozy est jugé depuis 15 ans, pourquoi ne pas avoir ce genre de procès, où on donne aux gens le temps pour se défendre afin que la vérité soit connue ? Je suis convaincu, qu’il y a eu de la corruption, mais il faut que cela soit prouvé dans des procès équitables et sereins ».

L’ancien ambassadeur, souligne par ailleurs, que « Bouteflika n’est pas accusé d’avoir érigé une fortune par la corruption. L’accusation est plutôt dirigée contre son entourage ou des membres de sa famille. Laissons prouver ces faits par des procès à la hauteur de l’importance des dossiers ».

Revenant sur la contestation populaire de 2O19, Brahimi qualifie ce mouvement « d’intifada contre le 5e mandat. » Il rappelle que durant cette période, « Bouteflika se trouvait à Genève pour des soins. Il était très malade. Il ne pouvait pas se présenter ni jouer un quelconque rôle ».

« Organisations syndicales et féminines »

Toujours à propos de Bouteflika, l’ancien ambassadeur, déclare toute fois : « je ne pense pas que quiconque a pu douter de la légitimité de l’élection de Bouteflika, en avril 1999. Il a amélioré l’image du pays à l’étranger grâce à ses relations et contacts qu’il avait acquis durant les 15 ans, où il était ministre des Affaires étrangères.

Mais, il a commis une erreur en prolongeant son 2e mandat et en acceptant, un quatrième. Je peux, cependant, affirmer qu’il ne voulait pas d’un cinquième mandat. Il était malade, il a subi des pressions, et fini par accepter avant d’être poussé à la démission ».

A propos de son passage à la tête des Affaires étrangères (1991-1993) Brahimi parle d’une situation « très mauvaise » tout en reconnaissant que « notre pratique et notre tentative de construire une société socialiste ont été un échec.

Les gens qui ne s’intéressaient pas au slogan, la religion est la solution, ont fini par dire pourquoi ne pas tenter. Même eux ont fini par échouer. Les islamistes ont déçu. Leur expérience n’a pas réussi telle qu’ils le voulaient et cela est le cas dans de nombreux pays ».

Interrogé sur l’interruption du processus électoral de décembre 1991, l’ancien ministre met en avant « le rôle historique de l’Armée, le pouvoir des organisations syndicales et féminines » puis rappelle le contenu de l’éditorial de la revue El Djeich, juste après les résultats du 1e tour du scrutin, qui annonçait : « nous ne céderons pas le pays aux obscurantistes pour qu’ils le renvoi au moyen-âge ».

Hocine Ait Ahmed

Selon Brahimi, « beaucoup de gens disaient que la tenue de ces élections était une erreur. Mais les prévisions étaient erronées. Les femmes étaient les premières à sortir dans la rue pour exprimer leur opposition à ces résultats avant même que l’armée n’intervienne et que le scrutin ne soit annulé. Nous étions dans une crise non résolue depuis 1988 et non pas 1991 ».

Durant cette période, précise Brahimi, « Hocine Ait Ahmed et Ahmed Benbella, étaient contre l’arrêt du processus électoral, mais ils n’étaient pas au pouvoir et les décisions prises étaient différentes. Le résultat a été cette crise violente ».

Certes, ajoute-t-il, cette interruption du processus électoral était la cause de ce qui s’est passé par la suite, mais est-ce que les islamistes étaient des sanguinaires ou non ? Oui, ils l’étaient. Ils avaient attaqué des casernes et tué de nombreuses personnes avant même les élections législatives. Ils agressaient des femmes dans la rue en aspergeant leur visage avec de l’acide, sous prétexte qu’elles ne portaient pas le foulard. Leurs agressions sanguinaires n’étaient pas liées aux élections ».

« Le premier à être contacté pour lui succéder est Ait Ahmed »

A une question sur la démission volontaire ou imposée par l’Armée, du président Chadli Benjdid, Brahimi affirme : « Chadli était à la tête de l’Armée. Il était très enthousiaste pour les élections, parce que convaincu à 100% qu’elles allaient avoir des résultats équilibrés entre le FLN, l’ex-FIS et les indépendants, et que de ce fait, il pouvait contrôler la situation. »

Mais, poursuit Brahimi, « il a été surpris par ce qui s’est passé. Personne ne l’a emprisonné ou l’a menacé avec un pistolet. Il a discuté avec ses compagnons et décidé de partir. Lui-même m’avait informé qu’il allait démissionner. Il était convaincu qu’il devait partir. Le premier à être contacté pour lui succéder est Ait Ahmed, mais il a refusé. Le second est Mohamed Boudiaf. Après hésitation, il a accepté ».

Brahimi est revenu sur l’assassinat de Boudiaf, en disant : « beaucoup de gens y voyaient un complot sous prétexte que Boudiaf avait menacé d’écarter l’Armée du pouvoir. Mais je ne crois nullement à ce scenario. Ce que l’auteur de l’assassinat, Lembarek Boumaarafi a lui-même révélé, est la vérité ».

« C’était une guerre civile »

Pour l’assassin, « ce pouvoir qui a annulé les élections, ne méritait pas d’exister. Pour moi, c’était un acte isolé ». Revenant sur le terrorisme, et l’amalgame qui a été entretenue par les partisans du « qui tue qui » pour dédouaner les auteurs des tueries, Brahimi lance : « les français croyaient en cette nouvelle démocratie et regrettaient l’arrêt du processus électoral plus que les Algériens. Ils ont créé cette fameuse phrase « qui tue qui », laquelle qui a fait le tour du monde. Je ne crois pas à cette thèse » ajoute l’ancien ministre.

Il ajoute que « c’était une bataille très rude à laquelle ont pris part, des citoyens volontaires. C’était une guerre civile. Lorsqu’un algérien tue d’autres algériens, ses sœurs, ses enfants et tous ses voisins. Cela s’appelle une guerre civile ».

Pour ce qui est des dépassements, il répond : « l’armée a combattu les islamistes qui se sont rebellés contre l’État. Il n’y a pas de doute qu’elle a tué plusieurs d’entre eux. Est-ce durant ces batailles que des dépassements ont eu lieu, qu’on a tué quelqu’un de manière délibérée ? Peut-être qu’il y a eu des erreurs mais les militaires ont fait ce qui leur a été imposé, par des islamistes qui ont brulé des usines, des écoles et détruit les structures de base du pays. Les français ont créé le « qui tue qui », pour faire croire que c’est l’Armée qui tuait ».

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